La crise au sein de l’Église évangélique du Gabon continue de produire des prises de position qui témoignent de la profondeur des désaccords. Dans une déclaration ferme, le Pasteur Président entend remettre le débat sur le terrain des textes qui régissent l’institution et des décisions prises lors du dernier Synode national.
Au cœur de son argumentaire : la place du Synode dans l’organisation de l’EEG. Pour la direction issue du rendez-vous synodal du 3 au 10 août dernier, cette instance demeure l’autorité suprême de l’Église et constitue, à ce titre, le cadre de référence pour l’exercice des responsabilités ecclésiales.

Le Synode au cœur de la controverse
Pour étayer sa position, le Pasteur Président invoque notamment les dispositions de la Constitution de l’EEG. « Aux termes de l’article 45, alinéa 2, de la Constitution de l’Église, le Synode National est l’instance suprême de l’EEG », rappelle-t-il, avant de se référer également à l’article 47, qui confère au Synode la responsabilité de veiller au respect des normes et des valeurs fondant la communauté ecclésiale.
La déclaration s’appuie également sur une référence biblique : « Mais que tout se fasse avec bienséance et avec ordre » (1 Corinthiens 14:40).
À partir de ces fondements, la direction conteste la mise en place d’une structure parallèle composée notamment d’anciens présidents de l’Église. Elle estime que cette initiative, même accompagnée par des responsables d’autres familles chrétiennes — notamment Monseigneur Jean-Patrick Ibaba pour l’Église catholique et le Révérend Gaspard Obiang pour les Églises de Réveil — ne saurait se substituer aux mécanismes prévus par les textes de l’EEG.
Le Pasteur Président dit toutefois vouloir préserver les relations fraternelles avec les autres confessions chrétiennes. Il exprime sa reconnaissance aux Églises sœurs ainsi qu’à tous ceux qui portent l’EEG dans leurs prières, tout en estimant que la solution à la crise doit avant tout être recherchée au sein de l’Église.
« Nous restons cependant convaincus que l’EEG dispose, en son sein, des ressources spirituelles, fraternelles et institutionnelles nécessaires pour parvenir à une issue apaisée », affirme-t-il.

Une direction qui revendique sa légitimité synodale
Dans sa déclaration, le Pasteur Président réaffirme sans ambiguïté plusieurs points. Il rejette tout acte ou toute structure qu’il considère contraire à l’ordonnancement juridique et ecclésial de l’EEG. Il maintient également son attachement aux résolutions du dernier Synode national et considère que le Conseil national régulièrement constitué demeure l’organe appelé à exercer les responsabilités nationales de l’Église.
Même position concernant sa propre fonction. Le Pasteur Président estime que sa désignation, intervenue dans le cadre du processus synodal, lui confère la légitimité nécessaire pour poursuivre sa mission conformément aux textes de l’EEG.
Cette position intervient alors que la crise oppose désormais des conceptions différentes de la sortie de crise. D’un côté, une démarche de médiation associant des anciens responsables de l’EEG et des facilitateurs issus d’autres confessions chrétiennes est mise en avant. De l’autre, la direction issue du Synode défend le principe selon lequel le règlement du différend doit rester inscrit dans le cadre institutionnel et statutaire de l’Église.

« Revenir dans la bergerie »
Malgré la fermeté du ton, le Pasteur Président ne ferme pas la porte au dialogue. Il adresse au contraire un appel direct aux frères qui ont exprimé leur indignation et les invite à rejoindre à nouveau le cadre de l’Église.
« Notre Église a trop souffert des divisions pour que nous laissions celles-ci se prolonger. Nous les invitons à revenir dans la bergerie, afin que, dans le respect de nos textes et dans l’amour du Christ, nous puissions ensemble préserver l’unité », déclare-t-il.
Une main tendue qui intervient dans un contexte particulièrement sensible pour une institution dont les responsables reconnaissent eux-mêmes les blessures liées aux divisions successives.
Reprise des activités le 4 octobre
Au-delà de la bataille institutionnelle, la déclaration entend surtout marquer un retour à l’activité. Le Pasteur Président annonce en effet la reprise effective de l’ensemble des activités pastorales et ecclésiastiques dans toutes les paroisses et structures de l’EEG à compter du dimanche 4 octobre 2026.
Pasteurs, responsables des œuvres et fidèles sont invités à privilégier le calme, la prière et la sérénité. Une orientation résumée par une nouvelle référence biblique : « Recherchons donc ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle » (Romains 14:19).
Reste désormais à savoir comment cette décision sera accueillie par les différentes composantes de l’Église et par les autorités impliquées dans la tentative de résolution de la crise. Entre revendication de la légitimité synodale, désaccords sur les mécanismes de médiation et appel à la reprise des activités, l’EEG se trouve face à un enjeu majeur : transformer une confrontation institutionnelle en un véritable processus de sortie de crise, sans davantage fragiliser son unité.
JBA

















