C’est à Baraka-Mission, siège historique de l’Église Évangélique du Gabon, que s’est joué dimanche un moment important dans la sortie de crise que traverse l’institution religieuse. Au terme de plusieurs mois de tensions, le Comité des Sages et les facilitateurs mandatés par le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, en charge des Cultes, ont officiellement installé l’Administration provisoire de l’EEG.

À sa tête, le pasteur Thierry Ndong Nang, désormais chargé de conduire cette transition avec une feuille de route clairement définie : apaiser les tensions, restaurer la confiance entre les différentes composantes de l’Église et préparer les conditions d’un retour à l’ordre constitutionnel.
Dès son installation, le nouveau président a voulu donner le ton. Loin de toute logique de conquête ou de rapport de force, il a placé son mandat sous le signe du service et de l’humilité.
« Nous ne sommes pas ici pour prendre le pouvoir. Nous avons été appelés pour servir. »
Une déclaration qui résume l’esprit dans lequel cette administration entend exercer sa mission. Visiblement ému, le pasteur Thierry Ndong Nang a reconnu mesurer le poids de la responsabilité qui lui est confiée.
« C’est avec une profonde émotion et une grande surprise que je me tiens devant vous en ce moment. Oui, les voies de Dieu sont vraiment insondables. »
Au nom de l’ensemble de l’administration provisoire, il a d’abord rendu grâce à Dieu, présenté comme celui « qui n’abandonne pas son Église », avant d’adresser sa reconnaissance au Comité des Sages, aux facilitateurs, aux quatre Régions synodales, aux œuvres d’évangélisation, aux pasteurs et à l’ensemble des fidèles. Il a également salué l’action du Gouvernement, des Églises sœurs et des partenaires internationaux ayant contribué au processus de sortie de crise.
Au-delà des remerciements, le nouveau responsable de l’administration provisoire a surtout voulu clarifier la nature de sa mission. Dans une Église fragilisée par les divisions, il entend inscrire son action dans une logique d’impartialité.
« Nous recevons notre charge, je veux dire notre service, avec humilité et crainte de Dieu », a-t-il déclaré, rappelant la place centrale des Saintes Écritures dans la foi évangélique.
Et de préciser :
« Nous n’avons pas de camp. Nous avons été requis pour l’apaisement et la réconciliation. »
Un message qui intervient alors que les clivages internes et régionaux ont profondément marqué les derniers mois.
Avant l’installation officielle de l’administration provisoire, le Comité des Sages avait lui aussi livré un message particulièrement ferme. Son président, Clément Obame Mezui, entouré des facilitateurs, a rappelé que la transition ne devait servir ni les intérêts d’un homme, ni ceux d’un groupe ou d’une région.
« À aucun homme, à aucun groupe, à aucune région, l’Église appartient à Jésus-Christ seul. »
Pour le Comité des Sages, l’enjeu dépasse donc la seule résolution de la crise institutionnelle. Il s’agit désormais de reconstruire une communauté ecclésiale capable de retrouver son unité.

Le rappel de l’existence de quatre Régions synodales n’a pas été fortuit. Le Comité a insisté sur l’indivisibilité de l’Église et sur la nécessité de dépasser les clivages.
« Nous sommes quatre Régions synodales mais un seul Corps du Christ. »
Dans le même esprit, il a appelé les fidèles à devenir des « apôtres de la paix » et des « ambassadeurs de la vérité et de l’unité », tout en les invitant à se détourner des rumeurs, des accusations et des discours susceptibles de raviver les tensions.
« L’Église Évangélique du Gabon a suffisamment souffert, il est maintenant temps qu’elle guérisse. »
La mission confiée à l’administration provisoire est limitée dans le temps. Trois mois, durant lesquels ses responsables devront travailler à créer les conditions nécessaires à l’organisation d’un Synode national.
Le Comité des Sages veut ainsi parvenir à un rendez-vous synodal organisé dans un climat de sérénité, de transparence et de confiance retrouvée.
« Nous avons trois mois pour apaiser. Trois mois pour restaurer la confiance afin d’arriver à un retour à l’ordre constitutionnel. »
La période qui s’ouvre sera donc déterminante pour l’avenir de l’EEG. Le défi sera de rétablir le dialogue entre les différentes sensibilités, de garantir l’impartialité du processus et de permettre à chaque composante de retrouver sa place dans la communion fraternelle.
La cérémonie de Baraka-Mission s’est achevée sur une note de reconnaissance envers les autorités publiques. Le Comité des Sages a notamment demandé à Dieudonné Yaya, Directeur général des Élections et des Libertés publiques, représentant le ministre de l’Intérieur, de transmettre au Gouvernement la gratitude de l’Église pour son implication dans la préservation de la paix et de la stabilité au sein de l’institution.
Désormais installée, l’administration provisoire doit transformer les engagements prononcés à Baraka-Mission en actes. Trois mois pour apaiser, réconcilier et préparer le prochain Synode. Trois mois pour tenter de refermer une période de turbulences et permettre à l’Église Évangélique du Gabon de renouer avec son fonctionnement institutionnel.
Une nouvelle page s’ouvre. Elle devra, plus que jamais, être écrite sous le signe de l’unité, de la responsabilité et du service.
JBA



















