Dans plusieurs quartiers de Libreville, une scène revient quotidiennement. De jeunes enfants tiennent par la main des adultes non-voyants ou en situation de handicap, les guidant de rue en rue, de carrefour en carrefour, pour solliciter l’aumône auprès des automobilistes et des passants.
Le phénomène est également observé devant certaines mosquées, notamment aux heures de grande affluence et à la sortie des prières. Là encore, des mineurs accompagnent des adultes venus faire la manche. Leur présence attire souvent davantage l’attention et suscite la compassion des fidèles, ce qui interroge sur le rôle réellement joué par ces enfants et sur les conditions dans lesquelles ils se retrouvent dans ces situations.
Pour les spécialistes de la protection de l’enfance, la question dépasse largement celle de la mendicité. Elle concerne avant tout les droits des mineurs. Un enfant dont les journées sont consacrées à accompagner un adulte dans la rue est privé de temps d’apprentissage, de loisirs et, bien souvent, de scolarité. Il est également exposé à de multiples risques liés à la circulation, aux intempéries, aux violences ou à d’autres formes d’exploitation.
Les associations de défense des droits de l’enfant rappellent que la précarité de certaines familles ou des personnes en situation de handicap ne peut justifier l’utilisation de mineurs dans des activités de mendicité. Elles plaident pour une prise en charge sociale plus efficace, à la fois pour les personnes handicapées vivant dans une grande vulnérabilité et pour les enfants qui les accompagnent.
« Il est essentiel de faire la différence entre l’élan de solidarité envers les personnes en situation de précarité et l’exploitation des enfants. Un mineur ne devrait pas passer ses journées dans la rue à accompagner un adulte pour mendier », estime Manou Mbadinga, responsable de l’association Face à Demain, une organisation qui œuvre pour la protection de l’enfance à travers le théâtre de sensibilisation et des actions éducatives auprès des jeunes.
Cette réalité met également en lumière les difficultés rencontrées par certaines personnes aveugles ou en situation de handicap, dont les conditions de vie demeurent précaires faute d’un accompagnement suffisant. Leur vulnérabilité appelle des réponses publiques adaptées, sans que des enfants ne deviennent les premières victimes de cette précarité.
Au-delà des carrefours et des lieux de culte, c’est toute la société qui est interpellée. L’exploitation de mineurs dans la mendicité, sous quelque forme que ce soit, constitue un défi majeur en matière de protection de l’enfance. Renforcer les mécanismes de prévention, améliorer l’accompagnement social des familles et garantir l’accès de chaque enfant à l’éducation demeurent des priorités pour enrayer un phénomène qui continue de gagner en visibilité dans la capitale gabonaise.
A. Koumba




















