L’image est difficile à accepter pour de nombreux Africains. Le pays qui, pendant des décennies, a bénéficié de la solidarité du continent dans son combat contre le régime de l’apartheid est aujourd’hui régulièrement secoué par des actes de violence visant des migrants africains.
Des commerces sont pillés, des habitations attaquées et des ressortissants venus notamment du Zimbabwe, du Mozambique, du Nigeria ou encore de la République démocratique du Congo sont parfois pris pour cible lors de flambées de tensions. Si ces violences ne reflètent pas l’attitude de l’ensemble de la population sud-africaine, elles alimentent un profond sentiment d’incompréhension à travers l’Afrique.

Pour de nombreux observateurs, cette situation apparaît en contradiction avec l’histoire commune du continent. Durant les années d’apartheid, plusieurs États africains avaient accueilli des exilés sud-africains, soutenu les mouvements de libération et plaidé sans relâche pour la fin du régime ségrégationniste sur la scène internationale.
Plus de trente ans après l’avènement de la démocratie, beaucoup estiment que ces violences trahissent les idéaux de réconciliation, de tolérance et de justice défendus par Nelson Mandela. « Mandela se retournerait dans sa tombe », entend-on souvent sur les réseaux sociaux et dans les débats publics, une formule qui traduit le désarroi de nombreux Africains face à une situation jugée incompatible avec l’héritage moral du père de la nation sud-africaine.

Au-delà des condamnations officielles, les violences xénophobes posent une question plus profonde : celle du vivre-ensemble dans une Afrique où les difficultés économiques, le chômage et les tensions sociales alimentent parfois le rejet de l’autre.
Alors que l’intégration africaine demeure l’une des ambitions majeures du continent, cette crise rappelle que l’unité ne peut se construire sans solidarité, respect mutuel et fraternité entre les peuples. Pour beaucoup, préserver l’héritage de Nelson Mandela passe aujourd’hui par le rejet de toute forme de haine et par la défense d’une Afrique unie, fidèle aux valeurs qui ont inspiré sa longue marche vers la liberté.
H. Mokwena




















