Chez Manou Mbadinga, l’engagement en faveur des enfants n’est ni une mode ni un projet ponctuel. C’est une vocation née très tôt. À seulement 14 ans, il choisit déjà ce qui deviendra le fil conducteur de toute sa vie : promouvoir les droits des enfants… par les enfants eux-mêmes.
Cette conviction prend une nouvelle dimension en 1991 lorsqu’il découvre la Convention relative aux droits de l’enfant. Ce texte fondateur nourrit durablement sa vision. Depuis lors, toutes ses initiatives convergent vers un même objectif : donner aux enfants les outils pour comprendre leurs droits, prendre la parole et devenir des citoyens responsables.

Aujourd’hui encore, il poursuit ce travail au sein des établissements scolaires, où il accompagne les plus jeunes à travers des ateliers artistiques et éducatifs. Son message est resté intact : « Le futur se construit au présent. »


C’est dans cet esprit qu’est né « Le Mwana Théâtre », un concept qui fait du théâtre un véritable instrument d’éducation citoyenne. Les enfants y montent sur scène pour traiter de sujets qui les concernent directement : violences scolaires, maltraitance familiale, exploitation des mineurs, consommation précoce de drogues et d’alcool, harcèlement ou encore perte des repères éducatifs. Les spectacles ne cherchent pas seulement à divertir ; ils ouvrent le dialogue et invitent les familles comme les décideurs à réfléchir sur les réalités auxquelles la jeunesse est confrontée.

Pour Manou Mbadinga, la scène devient ainsi un espace où les enfants cessent d’être de simples spectateurs de la société pour en devenir les acteurs.
Son engagement s’est toutefois forgé bien avant la création de « Le Mwana Théâtre ». Entre 1990 et 2000, il préside l’association Les Enfants du Monde du Gabon, fondée par Victoire Lasseni Duboze, où il encadre de nombreux jeunes autour d’activités culturelles et citoyennes. En 1991, il est également porté à la tête du tout premier Parlement des Jeunes du Gabon, une responsabilité qui renforce sa détermination à défendre les droits de l’enfant sur la scène nationale.

Au fil des années, son parcours se construit autour de multiples initiatives. De 1998 à 2019, il crée et anime l’ONG Face à Demain, qui forme les enfants à la prise de parole en public, produit des émissions de radio et de télévision qui leur sont destinées et favorise leur participation aux rencontres nationales et internationales. Parallèlement, il s’investit dans la promotion de la bande dessinée éducative avec l’association BDBOOM, convaincu que tous les supports peuvent devenir des outils de sensibilisation.

Son expertise est également sollicitée dans plusieurs programmes internationaux. Entre 2001 et 2005, il participe, avec l’ONG italienne Alisei, à la lutte contre le trafic et l’exploitation des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre. Il coordonne des campagnes de sensibilisation, organise des séminaires, conçoit des supports pédagogiques et rencontre les populations dans de nombreux quartiers de Libreville afin de promouvoir les droits de l’enfant.

En 2008, il prend part à une tournée nationale de sensibilisation contre les violences faites aux enfants, menée par le Cercle de Réflexion des Artistes et Animateurs Gabonais (CRAAG). Ville après ville, il recrute, forme et accompagne des enfants qui montent sur scène pour transmettre des messages de prévention à leurs communautés.
Son engagement dépasse également la seule question des droits de l’enfant. De 2010 à 2020, il participe au Carnaval des Petits Écolos, un vaste programme d’éducation environnementale conduit avec l’agence BTOB au Gabon, au Congo et en Côte d’Ivoire. À travers des chants, des sketches et des animations pédagogiques, il sensibilise des milliers d’élèves à la protection de l’environnement.

Depuis 2020, il poursuit cette mission en animant plusieurs troupes de théâtre scolaire qui participent régulièrement aux plus grands rendez-vous culturels du pays, notamment le Festival Coup de Théâtre de l’Institut français du Gabon, le Festival scolaire et universitaire ainsi que le Festival international de théâtre du Gabon.

Mais l’histoire de Manou Mbadinga est aussi celle d’une résilience remarquable. En 2010, un grave accident de la route le rend paraplégique. Loin de mettre un terme à son engagement, cette épreuve ouvre un nouveau chapitre de sa vie. Il s’investit désormais dans la sensibilisation à la sécurité routière et accompagne les victimes de paralysie consécutive aux accidents, avec la volonté de transformer sa propre expérience en message d’espoir.

« Si mes douleurs peuvent permettre d’éviter à d’autres de vivre les mêmes épreuves ou contribuer à les soulager, alors elles auront un sens », confie-t-il.

Cette capacité à transformer les épreuves en engagement résume l’homme derrière l’artiste. Pour lui, le théâtre n’est pas seulement une discipline artistique ; c’est un formidable levier d’éducation, d’inclusion et de transformation sociale.

À travers « Le Mwana Théâtre », Manou Mbadinga poursuit une œuvre patiemment construite depuis plus de trente ans. Une œuvre fondée sur une conviction profonde : les enfants ne sont pas uniquement les citoyens de demain. Ils sont déjà capables, aujourd’hui, d’inspirer le changement. Et c’est en leur donnant la parole dès le plus jeune âge que se construit une société plus responsable, plus solidaire et plus humaine.
JS. Habibi




















